Les racines de l’horreur dans le berceau

En ces temps troublés, revoyons quelques textes qui nous poussent à continuer à œuvrer pour le développement de l’éducation bienveillante :

  • Les racines de l’horreur dans le berceau

par Alice Miller
Tuesday 01 January 2002

Il y a, en tout dictateur, massacreur ou terroriste, aussi terrible soit-il et sans aucune exception, un enfant qui fut autrefois gravement humi1ié, et qui, pour survivre, a dû totalement nier ses sentiments de complète impuissance. Mais ce déni radical de la souffrance endurée a entraîné un vide intérieur, et, chez beaucoup de ces êtres, un arrêt du développement de la capacité innée de compassion. Détruire des vies humaines, y compris la leur, réduite à l’état de vide, ne leur pose aucun problème.

Aujourd’hui nous pouvons découvrir sur les écrans d’ordinateurs des lésions provoquées sur le cerveau des enfants battus ou privés de soins. De nombreux articles de spécialistes de la recherche sur le cerveau, entre autres de Bruce D. Perry, qui est également pédopsychiatre, nous apportent de précieuses informations sur ce sujet.

A mon point de vue, et à la lumière de mes recherches sur l’enfance des plus cruels dictateurs, tels Hitler, Staline, Mao et Ceausescu, le terrorisme et les récents attentats constituent une démonstration macabre mais précise de ce que subissent sous couvert d’éducation, des millions et des millions d’enfants de par le monde, sans que la société, hélas, accepte de s’en rendre compte. Nous, les adultes, nous avons tous, à présent, été soudain plongés dans ce que des multitudes d’enfants vivent quotidiennement. Ils se trouvent impuissants, sans voix, tremblants, face à la violence déroutante, brutale, inconcevable, de leurs parents, qui se vengent sur eux des souffrances non intégrées, parce qu’elles sont restées niées, de leur propre enfance. Il nous suffit de nous rappeler ce que nous avons ressenti ce 11 septembre 2001 pour nous faire une idée de cette souffrance et en prendre la mesure. Nous avons tous été saisis d’horreur, d’épouvante et de terreur. Cependant, on continue à négliger les liens entre enfance et terrorisme. Il est temps de prendre au sérieux le langage des faits.

D’après les statistiques (Olivier Maurel, La Fessée, Editions La Plage 2001) plus de 90% de la population mondiale reste fermement convaincue qu’il faut battre les enfants et ce pour leur bien. Comme, du fait de cet état d’esprit, nous avons presque tous subi des humiliations nous ne nous rendons même pas compte de sa cruauté. Aujourd’hui le terrorisme, comme jadis l’Holocauste et d’autres atrocités, montre les conséquences du système punitif sous lequel nous avons grandi. L’horreur du terrorisme tout un chacun peut la voir à la télévision, mais l’horreur vécue par tant d’êtres humains durant toute leur enfance n’apparaît que très rarement dans les médias car nous avons tous appris, dès nos plus jeunes années, à refouler les souffrances, à rester aveugles à la vérité et à nier l’absolue impuissance d’un enfant humilié devant l’adulte assoiffé de pouvoir.

Contrairement à ce que l’on croyait jusqu’à une époque récente, nous ne venons pas au monde avec un cerveau complètement formé : il se développe durant les premières années de la vie. Et ce que l’on fait à l’enfant au cours de cette période, en bien comme en mal, laisse souvent des traces indélébiles. Car notre cerveau conserve la mémoire corporelle et émotionnelle – bien que, hélas ! pas forcément mentale – de tout ce qui nous est arrivé. Si l’enfant n’a pas, à ses côtés, de témoin secourable pour l’assister, il apprend à magnifier ce qu’il a connu: la cruauté, la brutalité, l’hypocrisie et l’ignorance. Car l’enfant n’apprend que par imitation, et non point ce qu’on cherche à lui inculquer par de belles paroles bien intentionnées. Plus tard, celui qui aura grandi sans témoin secourable et sera devenu instigateur de massacres, tueur en série, parrain de la Mafia ou dictateur, exercera – ou contribuera à exercer sur des peuples entiers, une fois qu’il en aura le pouvoir, la même terreur que celle qu’il aura subie et connue dans sa propre chair durant son enfance.

Malheureusement, la plupart d’entre nous se refusent à voir ces liens de cause à effet, car ce savoir les obligerait à ressentir leur propre douleur, autrefois réprimée. Ils s’en tiennent donc à la stratégie de l’enfance, s’obstinent dans le déni. Cependant, les événements que nous venons de vivre nous montrent que l’heure est venue de dire qu’il n’est plus possible de continuer ainsi. Nous devons nous dégager du vieux système traditionnel axé sur le châtiment et les représailles qui nous permet de déguiser nos réactions sous le terme d’éducation. Nous ne devons évidemment pas nég1iger notre protection. Mais les vidéo-caméras à l’école ne résoudront pas le problème. La violence que les enfants apportent à l’école, ils l’ont apprise déjà chez leurs mères à l’age d’un an et demi ou plus tôt. Selon un sondage mené en France, 89% des mères se sont rappelé qu’elles ont commencé à donner des tapes sur les mains ou des fessées à l’age de 1,8 an en moyenne. Les 11% ne pouvaient se rappeler l’age exact mais aucune mère n’a dit qu’elle n’avait pas du tout tapé ses enfants. Pour éviter les guerres à l’avenir il nous faut une loi interdisant cette pratique et il nous faut chercher et mettre à l’épreuve d’autres formes de communication avec les enfants que celles que nous a enseignées notre éducation, et qui, elles, reposeront sur le respect et ne conduiront pas à de nouvelles humiliations. On peut punir l’enfant de la façon la plus brutale et mettre fin à la désobéissance, mais on ne peut effacer les effets des humiliations qu’on lui inflige. Celles-ci se retourneront contre la société.

Les enfants battus et humiliés dès le début de leur vie et qui grandissent sous des conditions totalitaires ne connaissent que l’état de guerre et ils l’imposent aux autres car ils ne connaissent pas d’autres façons de communiquer. L’apprentissage de la communication pacifique et respectueuse commence dans le berceau. C’est pourquoi l’éducation sans violence est indispensable.

Il est grand temps de nous éveiller de notre long sommeil. Nous sommes des adultes, et, de ce fait ne sommes plus exposés aux dangers d’anéantissement qui, dans notre enfance, menaçaient effectivement, dans la réalité, beaucoup d’entre nous, et nous pétrifiaient de peur. C’est seulement dans notre enfance qu’il nous a fallu nier la vérité pour survivre. Adultes, nous pouvons apprendre à cesser d’ignorer l’évidence. Notre corps la connaît de toute façon. Il nous faut la saisir aussi mentalement, et devenir capable de comprendre les véritables mobiles de nos actes. Connaître notre histoire peut nous éviter d’utiliser des stratégies inefficaces envers nos enfants et de rester émotionnellement aveugle. Nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir regarder autour de nous, nous pouvons tirer les leçons de l’expérience et chercher des solutions nouvelles et créatives aux conflits. Même si, enfants, nous n’avons pu apprendre à nous fier à une communication empreinte de respect, il n’est jamais trop tard. Ce processus d’apprentissage nous le devons à nos enfants.

Notre changement de comportement envers nos enfants n’aura peut-être pas de résultats immédiats mais il n’en sera plus de même dans 20 ans, quand les enfants qui n’auront jamais été battus seront devenus adultes responsables et éclairés.

[...] suite sur le blog : http://www.alice-miller.com/articles_fr.php?nid=3

© 2015 Alice Miller – tous droits réservés. Agence de communication digitale.

  • On ne nait pas terroriste, on le devient

Mise au point (mai 2015) : l’objet de cet article sur l’enfance des terroristes n’est pas de leur trouver des « excuses » (reproche qu’on entend régulièrement dans les médias – parfois à juste titre), mais bien d’expliquer comment ils ont pu en arriver là. Tous les terroristes ont eu une enfance terrible, sans laquelle ils seraient (comme la plupart d’entre nous) incapables d’une telle violence. La maltraitance dans l’enfance, et surtout la petite enfance, est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour qu’un enfant né innocent, apte à l’empathie et à la coopération, devienne un adulte capable de tuer au nom du « bien ». Si nous insistons sur cette explication presque complètement absente de la plupart des médias (et qui, encore une fois, n’est pas une « excuse »), c’est bien dans une optique de prévention.

Un article d’Anne Tursz (auteur du livre Les Oubliés) publié seulement le 16 avril sur le blog du Huffington Post vient à point nommé expliciter clairement cette différence de point de vue : Pourquoi ou comment devient-on terroriste ? Citation : « Il faut bien faire la différence entre l’excusable et l’explicable. Comme le dit Alice Miller dans C’est pour ton bien, « la véritable compréhension sur le mode émotionnel n’a rien à voir avec une pitié ni un sentimentalisme de bas étage ».


Les hommes qui, le 7 janvier, sont entrés dans les locaux de Charlie-Hebdo pour tuer des dessinateurs pacifiques, des journalistes d’opinion en pleine conférence de rédaction, ces hommes ont une histoire. En tant que membres de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, nous ne croirons jamais que des enfants élevés avec amour et respect, sans châtiments corporels, sans autres humiliations d’aucune sorte, puissent devenir un jour des assassins et prétendre défendre des idées par ce moyen. Ces hommes avaient besoin de vengeance, et ils en avaient besoin bien avant ce passage à l’acte délirant.
[...] suite ici : http://www.oveo.org/on-ne-nait-pas-terroriste-on-le-devient/

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