Le Vénézuela, l’allaitement et les biberons

Récemment dans la presse, une nouvelle a indigné de nombreuses personnes intéressées par les bébés : le Vénézuela aurait fait passer une loi obligeant les mères à allaiter et menaçant d’amende et de prison toute personne utilisant des biberons et du lait en poudre (enfin maintenant on dit « formules infantiles ») sans nécessité médicale stricte. Les raccourcis sont allés bon train et même les farouches tenants de l’allaitement maternel ont trouvé ça exagéré.

Mais…

Mais c’était un peu trop caricatural, et à Bout de ficelle on a mené l’enquête… On a demandé à un proche vivant en Argentine de s’informer très précisément et nous vous livrons ici le résultat de cette enquête poussée. Un travail digne d’un vrai journaliste ! Voici son texte.

Ce qu’on a lu dans la presse était en fait déformé.
Voici le résultat de l’enquête :
C’est donc simplement l’application intégrale du Code OMS et de la Convention OIT (sur les pauses pour les femmes qui travaillent), avec en plus des sanctions si on ne respecte pas la loi.

« alors de ce que j’ai trouvé par rapport à cette loi :

Premièrement j’ai trouvé une loi du travail qui est déjà passée en 2012 (article du 15.05.12 trouvé sur un site officiel du gouvernement, celui du ministère de la santé apparemment)
http://www.mpps.gob.ve/index.php?option=com_content&view=article&id=1425:la-lot-fortalece-la-promocion-de-la-lactancia-materna-exclusiva&catid=1:ultimas-noticas&Itemid=18

et qui garantit le droit aux nouveaux-nés de recevoir exclusivement du lait maternel durant les premiers mois de vie. Et qui passe de 12 semaines à 20 semaines les congés maternité après l’accouchement. Selon eux, pour que la mère puisse avoir le temps nécessaire pour allaiter comme le préconise une autre loi qui recommande l’allaitement maternel exclusif durant les 6 premiers mois.

Ensuite, une fois que la mère reprend le travail, elle a le droit à deux pauses journalières. Cette pause est d’une heure si son lieu de travail dispose d’une salle d’allaitement et d’une heure et demi si elle doit revenir à la maison pour allaiter. Ce qui veut dire qu’elle pourra profiter de 3h par jour pour pouvoir allaiter.

La loi indique que, dans les entreprises ou institutions qui comptent plus de 20 mères, doit être proposée la création d’une salle d’allaitement.
« Il est important qu’ils disposent de cet espace car de cette manière cela permettra que la mère aille à son travail avec le bébé et qu’elle soit accueillie dans cette salle. Et que la mère puisse allaiter sans avoir besoin de revenir à la maison »

——

Ensuite ces deux liens qui parlent de la réforme qui est censée se voter ces jours-ci (on dirait que c’est le site d’une radio d’état, car le logo du gouvernement y est présent)
http://www.radiomundial.com.ve/article/reforma-ley-de-lactancia-materna-no-proh%C3%ADbe-uso-de-teteros
http://www.radiomundial.com.ve/article/discutir%C3%A1-la-pr%C3%B3xima-semana-reforma-de-ley-de-lactancia-materna

Déjà dans le premier lien, qui date du 17 juin, le titre dit « La réforme de la loi sur l’allaitement maternel n’interdit pas l’utilisation des biberons »
Donc cela dément de suite tout ce que la presse internationale raconte.


Ensuite ils précisent que les laits en poudre (ici formulas infantiles mais j’imagine que c’est ça la traduction – par la suite je traduis toujours par laits en poudre, mais peut être qu’il existe d’autres aliments pour bébés que je ne connais pas, sinon c’est formules infantiles) ne sont pas interdits, mais que dans les maternités, hôpitaux et cliniques, les médecins ne pourront pas promouvoir l’industrie des laits en poudre, à moins que cela soit absolument nécessaires et sur avis médical.

Ils assurent qu’il existe une campagne médiatique importante pour sataniser et attaquer l’instrument légal, tout ceci instrumenté par l’industrie qui fabrique les laits en poudre, « qui est le principal ennemi de l’allaitement »

Ils affirment que tous les médias de droite et les multinationales en matière d’alimentation infantile sont alliés pour critiquer et attaquer les avancées qui est en train de faire le gouvernement.

Ils assurent que c’est totalement faux, que la loi ne parle pas d’interdiction de l’usage des laits en poudre, ni des biberons, mais s’occupe de réguler la commercialisation sans scrupules des laits en poudre.
Cette loi a pour but de garantir les droits des mères qui travaillent durant la période de l’allaitement, de promouvoir des pratiques étiques concernant la commercialisation des aliments infantiles et d’établir les sanctions en cas d’infraction.

La loi de promotion et protection de l’allaitement maternel a été approuvée en 2007 et depuis l’industrie des laits en poudre et l’industrie médicale l’ont violée de manière flagrante.
La raison ? Elle n’avait pas établit de sanctions. Un des éléments les plus importants du projet de réforme est l’incorporation de sanctions, spécialement au personnel de santé qui insiste à recommander les laits en poudre sans justification médicale, et à l’industrie qui fabrique ces laits en poudre quand elle viole les paramètres établis pour la commercialisation du produit.

La multinationale qui fabrique les laits en poudre et conduite par Nestlé, est connue pour commercialiser ses produits en utilisant les plus perverses stratégies de promotion, avec pour fin ultime de convertir chaque bébé en consommateur.

Avec cette campagne « sale », les médias de communication en protégeant les intérêts économiques d’une puissante industrie multinationale, manipulent l’opinion publique, les citoyens et citoyennes, les mères et pères qui donnent ces laits à leurs bébés, dans une tentative de faire pression sur le gouvernement pour qu’il retire le projet de réforme de la loi.

EN PLUS DANS LE SECOND ARTICLE :

Le nouvel instrument légal envisage l’interdiction de l’usage des biberons, bien que cela ne sera pas appliqué dans les cas exceptionnels où la mère, à cause d’une maladie, ne pourrait allaiter.

De plus, les laits en poudre devront être fournis uniquement en cas exceptionnels. Et il est stipulé la création de banques de lait maternel.

—–

On continue avec cet article
http://www.barinas2012.net/2013/06/17/polemica-por-ley-de-lactancia-materna/

où on apprend que selon l’article 14 de la réforme, il sera interdit la promotion des « produits désignés » à travers la télévision, impression ou audiovisuels. Et que donc par conséquence ce sont les entreprises productrices qui seront les plus affectées par cette réforme.

Dans l’article 22, vient l’interdiction de promotion et publicité des biberons et tétines.
—–

http://www.primerojusticia.org.ve/cms/index.php?option=com_flexicontent&view=item&cid=149:noticias&id=11520:figuera-diputada-del-psuv-mato-la-ley-de-lactancia-materna&Itemid=468

Ici on apprend que parmi les devoirs des centres de santé établis dans l’article 10, il sera « expressément interdit de donner aux nouveaux-nés des solutions au glucose, sauf en cas d’indication médicale spéciale qui démontre la nécessité de que le nouveau-né doive recevoir cette dose ». Comme aussi « l’interdiction absolue de donner aux bébés allaités de moins de six mois, des boissons ou aliments autres que le lait maternel, sauf en cas d’indication médicale spéciale ».
En cas de violation s’établissent des sanctions entre 20 et 100 U.T (je sais pas à quoi ça équivaut) « ainsi que la suspension provisoire de l’exercice de la profession jusque 120 jours continus »

L’article 25 du texte encore à l’étude, et sujet à modification, établit « l’interdiction aux centres de santé publics et privés d’accepter ou de réaliser des procédures pour la réception d’échantillons de formules et substituts au lait maternel de la part des fabricants, distributeurs et promoteurs dans le but de faire des tests ou de recherches ». La violation de cette mesure entrainerait des sanctions allant jusque 321 000 bolivares.

——

j’ai effectivement trouvé pleins d’articles essentiellement de médias internationaux (El Pais, Clarin, etc… des journaux de droite principalement, comme Le Figaro en gros) dénonçant ce projet de loi.

—–

En France, à noter l’article de Paris Match du 22 juin qui remet bien les pendules à l’heure :

http://www.parismatch.com/Actu/International/Les-biberons-de-la-discorde-retour-sur-une-polemique-519369

Donc en conclusion :

« Le projet de loi discuté par les députés vénézuéliens n’est rien d’autre qu’une transposition musclée de ces recommandations de l’OMS dans la législation nationale. »

WordPress Themes

WP Like Button Plugin by Free WordPress Templates

Switch to our mobile site